- À quoi sert un cahier des charges (et quand on peut s'en passer)
- Les 10 rubriques d'un cahier des charges efficace
- Exemple rempli : le site vitrine d'un artisan
- Les 8 erreurs qui font exploser le devis ou le planning
- Mairies et collectivités : les spécificités
- Comparer les devis reçus
- Le modèle à copier-coller
- Questions fréquentes
J'ai répondu à des centaines de demandes de devis en treize ans, et j'ai passé deux ans à enseigner la gestion de projet digital en école d'ingénieurs. Le constat est le même des deux côtés : la qualité du site livré dépend d'abord de la qualité de la demande. Pas de la taille du budget, pas du talent du prestataire — de la clarté de ce qu'on lui a demandé.
Ce guide est écrit pour les dirigeants de TPE et PME, les artisans et les responsables de collectivités qui préparent la création ou la refonte de leur site. Il est volontairement pragmatique : vous n'avez pas besoin d'un document de 40 pages.
À quoi sert un cahier des charges (et quand on peut s'en passer)
Un cahier des charges sert à trois choses, dans cet ordre :
- Vous mettre d'accord avec vous-même. Écrire « l'objectif du site est de générer 10 demandes de devis par mois dans un rayon de 30 km » oblige à trancher des questions qu'on repousse sinon jusqu'à la mise en ligne.
- Obtenir des devis comparables. Sans cadre commun, chaque prestataire chiffre le projet qu'il imagine. Avec un cadre, les écarts de prix traduisent de vraies différences d'approche — et vous pouvez les interroger.
- Servir de référence pendant le projet. « Je pensais que c'était inclus » est la phrase qui tue les plannings. Si c'est écrit, c'est inclus ; si ce n'est pas écrit, ça se chiffre à part.
Soyons honnêtes : pour un site vitrine de cinq pages avec un freelance, une page suffit. Le document formel devient indispensable au-delà de 5 000 €, dès qu'il y a des fonctionnalités spécifiques (réservation, espace client, boutique en ligne), plusieurs intervenants, ou un cadre de commande publique.
Les 10 rubriques d'un cahier des charges efficace
1. Qui vous êtes
Activité, taille de l'entreprise, zone d'intervention, positionnement, ce qui vous distingue de vos concurrents. Trois à cinq lignes. Le prestataire doit comprendre votre métier avant de comprendre votre site.
2. Pourquoi ce projet, et avec quel objectif
Le déclencheur (site vieillissant, nouvelle activité, perte de visibilité, concurrent qui vous dépasse) et surtout l'objectif mesurable : des demandes de devis, des ventes en ligne, des prises de rendez-vous, des candidatures, de la crédibilité face à des donneurs d'ordre. « Être plus visible » n'est pas un objectif ; « passer de 2 à 10 demandes de devis par mois via le site d'ici un an » en est un, et il change la conception.
3. Pour qui
Deux ou trois profils de visiteurs : le particulier en urgence sur mobile, le responsable achats qui compare des prestataires, l'administré qui cherche un horaire. Pour chacun : ce qu'il cherche et ce qu'il doit pouvoir faire en moins de trois clics.
4. L'existant
Adresse du site actuel, ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, le trafic (si vous l'avez), les contenus réutilisables, et la liste des accès que vous détenez : hébergeur, nom de domaine, Search Console, Analytics, fiche Google. En cas de refonte, précisez que la conservation du référencement fait partie du périmètre.
5. Le périmètre fonctionnel
L'arborescence (liste des pages), les fonctionnalités attendues et, tout aussi important, ce qui est hors périmètre. Décrivez des besoins, pas des solutions : « les clients doivent pouvoir demander un devis en joignant des photos » plutôt que « il faut le plugin X ». Le prestataire choisit l'outil ; vous décrivez le résultat.
6. Les contenus
C'est la rubrique la plus souvent oubliée, et la cause numéro un des retards de livraison. Qui rédige les textes ? Qui fournit les photos ? Avez-vous un logo et une charte graphique exploitables ? Quand les contenus seront-ils livrés ? Si vous n'avez ni le temps ni l'envie d'écrire, dites-le : la rédaction se chiffre, et se planifie.
7. Les exigences techniques
Le CMS souhaité (WordPress dans la plupart des cas, pour la raison simple que vous pourrez changer de prestataire sans refaire le site), l'hébergement (existant ou à prévoir, en France ou en Europe), le nom de domaine, les attentes de performance, la sécurité et les sauvegardes, la conformité RGPD et la gestion des cookies, l'accessibilité, les adresses e-mail professionnelles.
8. Le design
Trois sites que vous aimez, en précisant pourquoi (l'ambiance, la clarté, la typographie, les photos), et ce que vous ne voulez surtout pas. Évitez « moderne et épuré » qui veut tout et rien dire. Un prestataire travaille beaucoup mieux à partir d'exemples concrets.
9. La visibilité
Les mots-clés et zones géographiques sur lesquels vous voulez être trouvé (« plombier Chelles », « climatisation Seine-et-Marne »), les attentes en référencement naturel, la fiche Google, et si une campagne Google Ads est envisagée. Le SEO se construit à la conception du site ; le préciser dès le cahier des charges évite de le payer deux fois.
10. Le cadre
Le budget, en fourchette (j'y reviens plus bas), la date souhaitée de mise en ligne et ses contraintes (salon, saison, ouverture), la maintenance et la formation attendues après livraison, les livrables (maquettes, site, documentation, accès), vos critères de choix, et l'interlocuteur unique côté client.
Exemple rempli : le site vitrine d'un artisan
Voici à quoi ressemble un cahier des charges suffisant pour un artisan — exemple fictif, mais représentatif de ce que je reçois quand c'est bien fait :
Qui : plombier-chauffagiste, 3 salariés, interventions dans un rayon de 25 km autour de Lagny-sur-Marne, spécialité dépannage et remplacement de chaudières. Pourquoi : site actuel de 2015 non adapté au mobile ; objectif 15 appels ou demandes qualifiées par mois via le site d'ici 12 mois. Pour qui : particuliers en urgence sur mobile (appeler en 1 clic), propriétaires en projet de remplacement (demande de devis avec photos), syndics (références, assurances). Existant : 8 pages, quelques positions sur « plombier Lagny », accès hébergeur OK, pas de Search Console. Périmètre : accueil, 4 pages prestations, 6 pages villes, réalisations, avis, contact ; formulaire de devis avec pièces jointes, bouton d'appel fixe sur mobile, intégration des avis Google ; hors périmètre : paiement en ligne, prise de RDV. Contenus : textes à rédiger par le prestataire à partir d'un entretien, 30 photos de chantiers fournies, logo existant. Technique : WordPress, hébergement à prévoir, RGPD, site rapide sur mobile. Design : références de 3 sites d'artisans, pas de couleurs criardes, photos de vrais chantiers. Visibilité : « plombier Lagny », « chauffagiste Marne-la-Vallée », « dépannage plomberie 77 » ; redirections des anciennes URL ; Google Ads envisagé ensuite. Cadre : budget 2 500 à 4 000 € HT, mise en ligne avant la saison de chauffe (septembre), maintenance annuelle souhaitée, formation 2 h, interlocuteur : le gérant.
Quinze lignes. Avec ça, je peux chiffrer précisément, proposer une arborescence, et le projet démarre sans réunion de cadrage supplémentaire. Pour comparaison, la version « on veut un site moderne pour notre plomberie, c'est combien ? » génère trois allers-retours et un devis à fourchette large.
Les 8 erreurs qui font exploser le devis ou le planning
- Ne pas indiquer de budget. « On verra selon les devis » garantit des réponses de 1 500 à 25 000 € et une comparaison impossible. Donnez une fourchette : un bon prestataire vous dira ce qu'il peut faire dedans, ou vous expliquera pourquoi elle est irréaliste. Les repères sont dans mon article sur le prix d'un site WordPress.
- Décrire des solutions au lieu de besoins. « Il faut Elementor et un slider » impose des choix techniques dont vous ne mesurez pas les conséquences (sur la vitesse, notamment).
- Copier un cahier des charges de 40 pages trouvé en ligne, avec des exigences que vous n'avez pas et un vocabulaire que vous ne maîtrisez pas. Ça se voit, et ça fait fuir les bons prestataires.
- Oublier les contenus. Le site est prêt en six semaines, les textes arrivent en six mois.
- Ne pas nommer de responsable côté client. Quatre associés qui valident chacun leur tour, c'est quatre fois le délai.
- Oublier l'après. Hébergement, maintenance, mises à jour, qui fait quoi une fois le site en ligne ? Un site WordPress sans maintenance finit piraté.
- Empiler des exigences contradictoires : « très animé, très rapide, très économique ». Il faut choisir deux sur trois.
- Négliger l'existant : pas de liste des pages actuelles, pas de redirections prévues, et le référencement accumulé disparaît à la mise en ligne.
Mairies et collectivités : les spécificités
Je travaille régulièrement sur des projets de sites de communes et d'intercommunalités, en direct ou en appui d'agences spécialisées dans la commande publique. Le cahier des charges d'une collectivité ajoute quelques rubriques :
- Accessibilité numérique (RGAA) : les organismes publics ont l'obligation légale de rendre leurs sites accessibles et de publier une déclaration d'accessibilité. Précisez le niveau visé et demandez comment le prestataire le garantit — ce n'est pas un plugin, c'est une méthode de conception.
- Hébergement et données : hébergement en France ou dans l'Union européenne, sauvegardes, réversibilité (récupérer l'intégralité du site si vous changez de prestataire).
- Contribution à plusieurs : qui publie quoi, avec quel circuit de validation ; formation des agents.
- Fonctionnalités propres au service public : agenda des événements, publication des comptes rendus et arrêtés, démarches en ligne, annuaire des associations, alertes (intempéries, travaux), newsletter, éventuellement une application mobile.
- Cadre de la commande publique : en dessous de 40 000 € HT, un marché peut être passé sans publicité ni mise en concurrence formalisées, mais la collectivité doit veiller à une bonne utilisation des deniers publics — d'où l'intérêt d'un cahier des charges net, même court, pour justifier le choix.
- Mentions et obligations : mentions légales spécifiques, politique de confidentialité, gestion des cookies sans traceurs publicitaires.
Comparer les devis reçus
Trois ou quatre devis en main, voici la grille que je conseille — celle que j'aimerais que mes propres prospects utilisent :
| Critère | La question à se poser |
|---|---|
| Périmètre | Le devis répond-il à mon cahier des charges, point par point, ou à un modèle standard ? Qu'est-ce qui est explicitement exclu ? |
| Inclus / non inclus | Hébergement, nom de domaine, rédaction, photos, formation, redirections, maintenance la première année : lesquels sont dedans ? |
| Propriété | Suis-je propriétaire du site, du domaine, de l'hébergement et de tous les accès à la livraison ? (La réponse doit être oui, sans condition.) |
| Qui fait le travail | La personne qui chiffre est-elle celle qui développe ? Y a-t-il de la sous-traitance ? |
| Références vérifiables | Des sites en ligne que je peux visiter, des avis publics (Google, Malt), des clients que je peux appeler ? |
| Méthode et délais | Un planning avec des étapes de validation, ou une date de livraison lancée en l'air ? |
| Après-livraison | Garantie de correction des bugs, conditions de la maintenance, prix des évolutions ? |
| Prix | Le dernier critère, pas le premier : à périmètre égal, un écart de 30 % s'explique ; un écart de 300 % signifie que les périmètres ne sont pas les mêmes. |
Le modèle à copier-coller
Reprenez les dix rubriques ci-dessous dans un document, répondez à chacune en quelques lignes, et vous avez un cahier des charges meilleur que 80 % de ceux que je reçois.
- Qui nous sommes — activité, taille, zone, ce qui nous distingue. Site actuel (adresse) et ce qu'on en pense.
- Pourquoi ce projet — le déclencheur, et l'objectif chiffré à 12 mois (demandes de devis / mois, ventes, rendez-vous, candidatures…).
- Pour qui — 2 ou 3 profils de visiteurs, ce qu'ils cherchent, ce qu'ils doivent pouvoir faire en moins de 3 clics.
- L'existant à conserver — pages qui fonctionnent, contenus, référencement, accès disponibles (hébergeur, domaine, Search Console).
- Périmètre — liste des pages (arborescence), fonctionnalités (formulaire, devis, rendez-vous, boutique, espace membre, multilingue, blog, agenda…), ce qui est hors périmètre.
- Contenus — qui rédige les textes, qui fournit les photos, logo et charte existants ou à créer, délai de livraison des contenus.
- Exigences techniques — CMS souhaité (WordPress), hébergement, nom de domaine, performance, sécurité, RGPD et cookies, accessibilité, e-mails professionnels.
- Design — 3 sites que vous aimez (et pourquoi), ce que vous ne voulez pas, ton et ambiance.
- Visibilité — mots-clés et zones géographiques visés, redirections si refonte, fiche Google, publicité envisagée.
- Cadre — budget (fourchette), date souhaitée de mise en ligne, maintenance et formation attendues, livrables, critères de choix du prestataire, interlocuteur côté client.
Envoyez-le-moi tel quel, même inachevé. Je vous dis sous 48 h ce qui manque pour qu'il soit chiffrable, je vous pose les deux ou trois questions qui changent le budget, et je vous envoie un devis détaillé. Sans engagement.
Questions fréquentes
Faut-il un cahier des charges pour un simple site vitrine ?
Pour un site vitrine de 5 à 8 pages avec un freelance, un brief d'une page qui répond aux dix rubriques en une ou deux lignes chacune suffit largement, complété par un échange d'une heure. Le cahier des charges formel devient indispensable dès qu'il y a plusieurs intervenants, un budget au-delà de 5 000 €, des fonctionnalités spécifiques (réservation, espace client, boutique) ou un cadre de commande publique.
Combien de pages doit faire un cahier des charges de site internet ?
Deux à quatre pages pour une PME ou un artisan, cinq à dix pour une collectivité ou un projet e-commerce. Au-delà de quinze pages, personne ne le lit en entier, et les prestataires sérieux passeront leur tour faute de temps pour répondre correctement. La précision compte plus que la longueur.
Qui doit rédiger le cahier des charges : moi ou le prestataire ?
Vous, pour la partie « quoi et pourquoi » : votre activité, vos objectifs, vos cibles, votre budget, vos contraintes. Le prestataire, pour la partie « comment » : il la rédige dans sa proposition. Un bon prestataire vous aidera à préciser votre cahier des charges avant de chiffrer — c'est même un signe de sérieux. Certains proposent une phase de cadrage facturée, qui est ensuite déduite si le projet se fait.
Puis-je envoyer le même cahier des charges à plusieurs prestataires ?
C'est précisément à ça qu'il sert. Trois à quatre consultations suffisent ; au-delà, vous passerez plus de temps à comparer qu'à avancer. Indiquez le nombre de prestataires consultés et vos critères de choix : les réponses seront plus soignées.